mardi 21 novembre 2017

à YASMINE






Cette peinture virtuelle portant 
"chapeau de bambou" pour titre, 
que j'ai réalisée hier, 
je la dédie à ma fille YASMINE, 
hospitalisée aujourd'hui 
au CHU Frantz Fanon de Blida




jeudi 16 novembre 2017

Farid Khodja en concert à Notre Dame d'Afrique





Jeudi 16 novembre en soirée, à la Basilique de Notre Dame d'Afrique, Farid Khodja et son orchestre venus de Blida ont offert un brillant concert de musique andalouse à un public nombreux et enthousiaste...
























Avec Farid Khodja, venu lui aussi de Blida, le peintre Denis Martinez créateur de la jaquette du dernier CD du chanteur et son orchestre




©Abderrahmane Djelfaoui pour les photographies


vendredi 10 novembre 2017

Hier après midi chez Denis MARTINEZ


Trois quart d'heure d'autoroute Alger-Blida et nous sommes rendus ma fille Yasmine et moi chez Denis et Dominique. 
Couleurs et bonne humeur dés l'entrée , 
- graffiti au mur d'amis peintres dont Larbi Arezki (que j'avais rencontré la veille à Sidi Rezzoug...)


Denis est franchement amusé par l'idée de Yasmine d'avoir préparé un gateau (une besboussa) et de l'avoir ramené en partage...
Et la discussion de s'enclencher sur Khouz tounès, d'abord, pour se poursuivre par le voyage retour de Tizi que Denis avait fait il y a quelques jours dans le véhicule de Lotfi Khouatmi qui n'avait cessé de parler art culinaire milianais!



Quant à moi c'est la lumière sur l'Atlas blidéen qui me fascine... Je ne peux me refréner de prendre, assis,  plusieurs photos par la fenêtre largement ouverte... Et de raconter à Denis et Dominique une partie de mon été où j'ai assisté à des feux de forets sur les flancs du massif de l'Edough...
Et ces premières histoires  de nous amener (je ne sais comment...), à discuter et échanger longuement sur l'histoire millénaire du pays: d'Hannibal et ses légions d'Ibères, de Gaulois et cavaliers Numides traversant les montagnes savoyardes enneigées; de certains Raïs de la marine du Dey d'Alger originaires de Hollande; des Andalous venus s'installer jusqu'à Blida dont Denis cite quelques noms de familles, comme il cite certains originaires de Crète ou des Balkans; des noms berbères des villes et villages de l'ouest algérien jusqu'à Béchar et au-delà; des peintures rupestres de la région de Djelfa dégradées; d'une gravure de Salah HIOUN représentant un bélier avec des cornes enroulées quand Salah était élève à l'école des beaux arts dans les années 60 et que Denis y enseignait avec Mesli, etc...


Halte pour se servir thé et café avec une bonne tranche de Bessboussa...



Compliments...


... et Plaisir....


Puis nous passons à la chambre de travail, l'atelier de Denis où il me montre son dernier né sur papier fait au café m'expliquant la fonction de profondeur des points blancs...




Et de m'offrir le dixième numéro de ses Auto-éditions  "La Fenêtre du vent" qu'il réalise depuis le premier numéro dans sa formule d'une seule feuille recto-verso (imprimable) diffusée par mail à tous ses amis...
Ce dernier numéro est consacré à un de ses textes poétiques : LE TRAIT A PEUR...






Oui: "RÉAPPRENDRE A MARCHER SANS CESSE"...

Je suis étonné que l’après midi ait passé si vite en anecdotes sur les jeunes du quartier avec qui Denis discute, en réflexions sur des questions d'expos, Mamo, Mama, Musée national des beaux arts, projets d'écriture, publications, souvenirs d'enfance à Thessala et j'en passe!..


Nous disons au-revoir et quittons à regret Dominique et Denis pour reprendre, sous la pluie, la route de retour vers notre banlieue d'Alger. Je me promets de garder bonne note de ces moments pertinents et beaux parce que tout simplement humains et chaleureux.


©Abderrahmane Djelfaoui, pour les photographies.






jeudi 9 novembre 2017

Séraidi

Du désert à Séraidi



nous allons d’infinie mémoire
en à venir navigations

des immensités  de la désolation
aux ventres vagues du monde

des sables du désert
aux plages de la Méditerranée


*

les centaines de kilomètres finis
nous voilà en hauteurs de chênes-lièges
onde feuillue de silences

le vent a si bien nettoyé
la nuit
le monde
qu’un coq
en émerge seul

roulement
d’où on se demande
quelle inconnue il enfante
au déshabillé des arbres

comme au chevet d’un aboiement
lointain



©Abderrahmane Djelfaoui, texte et photographies

Poème extrait de mon recueil "Seraidi", 
dédicacé à Fouzia et Karim M.

dimanche 5 novembre 2017

Mémoire humaniste : expo, projection et dédicaces en l’honneur de Novembre

Des dizaines de photographies en noir et blanc de la période de 1958 à 1963 prises par Mohamed Kouaci  (1922-1996) ont été exposées samedi 4 novembre à l’espace Caritas de la Maison diocésaine à Alger. Préparée par des femmes bénévoles travaillant au profit de l’œuvre médicale et humanitaire de Dar El Ikram (qui prend en charge des malades d’Alzheimer), l’exposition a été ouverte par Safia Kouaci. 


Responsable du service photo du Ministère de l’information du GPRA à Tunis, Mohamed Kouaci « était un photographe, que son engagement a amené à voir et comprendre certains aspects de la guerre de libération à laquelle, par l’image, il participait », écrivait de lui Pierre Chaulet qui fut responsable du journal El Moudjahid

Section de l’ALN en prière

Moudjahidates



Frantz Fanon, ambassadeur du GPRA et auteur de « Les damnés de la terre » 
et de « L »an V de la révolution »




La manifestation s’est poursuivie dans le recueillement par la projection d’un film documentaire : « Barrage de Beni Behdel. Sous les eaux, un centre de torture ».  Ce film aux belles images poignantes et généreuses est l’œuvre du réalisateur mostaganémois Mostefa Abderrahmane.  Il s’ouvre des les premières  minutes de projections par ces mots de commentaire de son ateur :
« Au mois d’octobre 2012, alors que je faisais un reportage sur les camps de concentration de la période coloniale française, à Skikda, précisément dans le massif de Collo, j’ai appris, par voie de presse, l’existence d’un centre de torture unique en son genre en Algérie, se trouvant dans les environs de Tlemcen 
De Skikda, l’idée est venue d’organiser une randonnée pour un groupe de jeunes de Mostaganem, passionnés de photographie, pour découvrir le barrage de Beni Behdel, site historique méconnu pour la plupart d’entre nous, situé à Bni Snouss, région aux mille martyrs qui a payé un lourd tribut lors de la guerre de libération nationale pour que vive l’Algérie»…


Détail d’une carte de l’époque coloniale avec le nom de « Beni Badhel » au lieu de Beni Behdel…

Le débat sur le film, rehaussé par la présence de musicien Mustapha Sahnoun, membre de la Troupe du FL N à Tunis, de mesdames Abderrahim (secrétaire de Saad Dahlab , Ministre des affaires étrangères dans le dernier gouvernement du GPRA) et Myriam Ben Bella permit des bribes témoignages inédits sur la lutte de libération ainsi que sa caractérisation de mouvement  humaniste et pleinement universaliste.
La séance se poursuivit naturellement par une présentation de la vie et de l’itinéraire d’Anna Gréki, poétesse et révolutionnaire née à Batna, dans les Aurés en 1931 et décédée à l’âge de 35 ans à Alger en 1966…

Lounis Ait Aoudia, Président de l’Association des amis de la Rampe Louni Arezki, Casbah

Lounis Ait Aoudia se référant à certaines des photographies exposées (présentes dans le débat au même titre que les spectatrices pour la plupart), relate des anecdotes de son adolescence vécues le 3 juillet 1962, place du Gouvernement, aujourd’hui place des Martyrs. Dont celle d’un garçon de 16 qui sort de la foule compacte qui vibre sur la place pour monter sur le socle de la statue du duc d’Orléans, monter sur son cheval de bronze et y arrimée un drapeau algérien  de victoire plus grand que la statue elle-même… 


J’imagine Anna Gréki (Colette Melki de son nom de femme mariée) à Alger lors de ces jours de liesse populaire, dans les rues parmi le peuple ; elle qui en ce juillet 62 écrit un poème inoubliable intitulé EL HOURIA :

« …Hors de la matrice énorme de la guerre
Tu nais dans un soleil de cris et de mains nues
Prodiguant des juillets moissonneurs et debout

« Nos morts qui t’ont rêvée se comptent par milliers
Un seul aurait suffit pour que je me rappelle
Le tracé du chemin qui mène au bonheur…

… Le ciel indépendant ne parle qu’au futur
Il nous reste à présent l’énergie de l’espoir

Je t’aime Liberté comme j’aime mon fils »

Madame Myriam Ben Bella demandant sa dédicace
Une médecin d’hôpital découvreuse d’histoire et de poésie

Une partie de la chaine des bénévoles humanitaires, hier, aujourd’hui et plus encore demain…





©Abderrahmane Djelfaoui


vendredi 3 novembre 2017

LETTRE-TEMOIGNAGE DE PARIS SUR ANNA GREKI



C’est à l’occasion du Salon International du Livre de Paris (Porte de Versailles du 24 au 27 mars 2017) que j’ai rencontré l’amie Yasmina-Karima Bennini .

En fait, c’est une autre amie commune, Nora Maidi Kasse de Djelfa ,  enseignante et poétesse qui nous avait mis en relation à partir des belles et odorantes steppes d’Algérie où elle vit et écrit…

Avec  Yasmina-Karima Bennini au stand ALGERIE où je dédicaçais mon ouvrage
: « Anna Gréki, les mots d’amour, les mots de guerre » paru aux éditions Casbah.
(Selfie : Abderrahmane Djelfaoui)




Les souvenirs retrouvés, Yasmina-Karima BENNINI m’a écrit cette lettre :

Cher ami,

À l'heure où l'on ose débaptiser des rues qui portent les noms de valeureux combattants pour l'indépendance algérienne, au prétexte que n’être pas Algérien de souche ou musulman, rendrait inéligible au martyr, un ouvrage récent, entre autres, sauve la face à sa belle manière, la tienne, cher Abderrahmane Djelfaoui…
"Mazal El kheïr fi bladna" *, puisque des pétitionnaires en faveur de la réhabilitation du nom de la rue Fernand Iveton à Oran par exemple, à force d’ardeur et de détermination, ont eu gain de cause. Toi Abderahmane tu as de ton côté joué ta partition et rappelé Anna Greki, l'héroïne de guerre et la poétesse, à la Mémoire vive des Algériens, en signant "Anna Greki, Les mots d’Amour, Les mots de guerre ...". 

Portrait d'Anna Gréki dessiné par le peintre algérien Denis Martinez

Tu as minutieusement et patiemment récolté documents et témoignages, redonnant vie et voix à la si discrète et belle Anna, précocement disparue. D’elle, tu nous apprends de nombreuses et précieuses bribes de son vécu auprès de cette incroyable cohorte d’amies, activistes codétenues et pour certaines, torturées comme elle. Des braves telles la chanteuse Fadéla Dziria, Jacqueline Gueroudj et Louisette Ighilahriz l’auront reconnue comme l’une des leurs. Les conditions de détention, la torture et les jours sans fin sont un terreau propice aux adoptions plénières et aux sororités auxquelles, la mort elle-même peine à mettre un terme.

Le microcosme des Lettres et des Arts, dont Yacine, Haddad, Amrani, Issiakhem et Lacheraf et tant d’autres, lui aussi aura su reconnaitre en Anna Gréki sa qualité de pair, poétesse courageuse, sensible et forte, apte à construire à leurs côtés, le storytelling de notre imaginaire de toute jeune Nation. Alors oui, il est bon qu’en Algérie et au-delà des frontières, nous puissions mieux connaitre le parcours de vie, les combats, la passion et l’œuvre poétique d’Anna Greki et de tant d’autres artisans de nos valeurs et notre légitime fierté de creuset patriotique.


Iveton et Greki doivent figurer au panthéon de nos héros conscients et assumés, ils sont des Justes qui ont quitté leurs postures naturelles et leurs zones de confort, leurs appartenances originelles. Célébrons-les collectivement et loyalement et confirmons-les sur tous les canaux et supports comme nos héros historiques dans notre quête légitime et universelle de liberté, de dignité et de justice, sans chauvinisme ni partialité. Notre Histoire n’est pas consanguine, N’avons-nous pas puisé encore plus de vigueur et de détermination dans l’exemplaire élan libérateur des Vietnamiens et n’avons-nous pas été nous-mêmes, une salvatrice source d’inspiration pour bien des peuples?! En cela, notre Histoire contemporaine, pour ne parler que de celle-ci, portait dès le début dans son ADN les marqueurs éclatants de l’universalité. 

Claudine Lacascade, compagne de combat et de cellule à Serkadji d’Anna Gréki 
Un témoin à qui je dois beaucoup dans l'écriture de mon ouvrage
(photo : Rachid Khadda)

Anna Greki la femme, le livre et les figures féminines qui le traversent, font de cet ouvrage un plaidoyer qui s’ignore peut-être, pour la reconnaissance (débarrassée des archaïsmes patriarcaux) du Genre et des origines des parties prenantes de l’épopée Algérienne. Pour toutes ces raisons, ta démarche est résolument universelle, féministe et restaure certains aspects de nos oublis et dénis collectifs. Très cordialement.

Yasmina-Karima Bennini
Paris XV

*Le bien subsiste dans notre pays.



… Tu me garderas mon pays
comme le sage tiens sa langue
comme la terre tient ses corps
et leur promesse de saisons…

Anna Gréki
Bône 1956
(Algérie capitale Alger)




Anna Gréki

jeudi 26 octobre 2017

Le nom de la poétesse Anna Gréki apparaît pour la première fois en 1960…

Le poète et éditeur français Francis Combes rappelle dans l’introduction: « Les poètes et la guerre d’Algérie », recueil  publié par la Biennale internationale des poètes du Val de Marne en 2012 :

 « En 1960 la revue Action poétique publia un numéro spécial contre la guerre d’Algérie (qui fut avec le numéro « spécial Chili », de 1971, celui qui connut la plus grande diffusion : plus de six mille exemplaires… ce qui n’est pas rien pour une revue de poésie, même dans les années 60) ».

Le nom d’Anna Gréki, le 7ème sur la liste de haut en bas,
apparaît sur la couverture de ACTION POÉTIQUE

Dans ce numéro 12 (décembre 1960) préparé par Gilles Fournel, poète, ancien instituteur et, à cette époque, producteur et animateur d’émissions culturelles et poétiques à l’ORTF, paraissent , entre autres, des textes des poètes  Guillevic, Lanza del Vasto, Pierre Seghers, Antoine Vitez, Henri Deluy, Anna Greki (avec les poèmes Les nuits le jour dédié à la mémoire de Raymonde Peschard et L'espoir, dédié à Jacqueline Guerroudj), Charles Dobzynski, Serge Bec, Alain LanceFranck Venaille, Youri, Yves Broussard, etc, avec des dessins de Lapoujade, Corneille, Louis Pons et Michel Raffaelli .
Il faut quand même savoir qu’à cette époque où « la guerre d’Algérie » n’était officiellement et légalement nommée que par la formule « les événements d’Algérie » avec  ses « actions de maintien de l’ordre», Gilles Fournel avait déjà, en 1957, courageusement initié une anthologie qui avait pour titre : Les poètes français contre la guerre, avec les textes choisis des poètes Marc Alyn, Lily Bazalgette, Marcel Béalu, Pierre Béarn, Luc Bérimont, Jean Bouhier ... (publié à L'Orphéon, 1957)
  
*

D’Alger, je contacte par téléphone, le lundi 29 septembre 2014, Henri Deluy, directeur de la revue Action Poétique depuis 1958, considérée comme l’une des plus anciennes revues de poésie française … se désole de ne pouvoir me dire grand-chose sur Anna Gréki. « Ce que je sais c’est que j’avais reçu ces deux poèmes d’Anna par l’intermédiaire  d’un courrier postal envoyé par Serge Bec. Nous savions par Bec qu’elle était une personnalité. Pour nous ces poèmes étaient avant tout un témoignage direct d’une personne, une poétesse, pleinement engagée dans le combat libérateur de son peuple contre le colonialisme français »


LES NUITS LE JOUR
                                                      
                                               Pour Raymonde Peschard


[…] Pourrais-je dire les nuits ourlées de néon
Sur la mer chatoyant de tous ses yeux de paon
Ces soirs bleus où la ville allume ses étoiles
Les étoiles douces comme des grains de plomb
-Et d’autres nuits noires claquant comme une voile
Sur les djébels muets aux poitrines trouées
Où coulent sur la chair des étoiles plombées

Pourrais-je dire les nuits creuses dans un jour
Alluvial parsemé de misères témoins
Nuits troglodytes dynamitées haletantes
Nuits suspendues à un regard d’enfant – brillantes
Bulles égrenées à la merci d’un coup de poing
Contre des murs d’un coup de pioche en plus en moins
Bulles lisses d’armes qui creuseront le jour


[…] Pourrais-je dire la nuit dans l’eau dans le froid
Dans l’attente dans la peur dans l’ignorance
-Et si le jour attendu ne se levait pas-
Pourrais-je dire les nuits passées en confiance
Dans ces demeures taciturnes où la joie
D’être chez soi infuse lentement à la
Façon d’une verveine d’un thé à la menthe

Je ne parle que des nuits quand c’est dans un lait
Roux d’automne
Alors que le ciel à fleur de terre
N’est qu’un humus mousseux où crépite la joie
Quand c’est d’un plein soleil nerveux qu’elle a glissé
Dans la nuit plate suivant une étoile douce
Qui a travers la tête blonde de Thaous
Fit croire en plein midi que la nuit est dans l’air

Je parle des nuits car il n’existe qu’un jour
C’est celui-là qui fut frappé dans sa montée
D’une balle en plein front en plein cœur d’un combat
Sur les hautes plaines du Nord Constantinois
C’est celui-là qui va retomber en éclats
Briseurs de nuits roidies – et les ensoleiller
J’oublie les nuits mais il n’existe qu’un jour

Raymonde Peschard
Par Mustapha Boutadjine
Paris 2012 – Graphisme-collage, 100 x 81



EL AMAL                      
                                                          
                                                                      
                                                                               Pour Jacqueline



Le Tribunal permanent des Forces Armées
En Algérie a condamné à mort l’Espoir
Quand pour la énième fois tombe le soir
Avec son inéluctable saveur de paix

Pour la énième fois l’Espoir a pris ton visage
Ton nom après tant de noms tant de visages
Perdus parlant tant de langues d’un cœur commun
Parlant de corps navrés pour le bonheur commun

Tu as la simplicité de l’indispensable
Côte à côte avec ta rivière responsable
Cailloux brillants de tes paroles herbes folles
De tes yeux  Tu as conquis le droit à la parole

Tu dis à mots précis ce qu’il t’a fallu taire
Longtemps dans le délire noir de leur colère
Armée  Tu dis simplement ce qu’il t’a fallu faire
Pour que fleurisse un sang dévoré de misère

Tu te sers des mots pour dire la vérité
De ces villes explosives comme un printemps
Inédit – la vérité des buissons plombés
Que le combattant obscur cache dans son sang

Sang paysan sang citadin sang d’Algérie
Qui vient de France aussi sang de partout sang sombre
Pour que le seul cœur batte à ne jamais se rompre
Celui d’un peuple puissant et énigmatique

Tendre comme une femme qui soigne des fleurs
Tu dis à douce voix des mots accusateurs
Ces balles que tu as du leur tirer au cœur
Pour que vive ce pays qui sait son honneur

Forte comme une femme aux mains roussies d’acier
Tu caresses tes enfants avec précaution
Et quand leur fatigue se blesse à ta patience
Tu marches dans leurs yeux afin qu’ils se reposent

Cartes battues le ciel est une réussite
A l’heure juvénile où se parfait l’espoir

Propagande des journaux colonialistes alors que Jacqueline Guerroudj est emprisonnée à Serkadji dans la même cellule qu’Anna Gréki, Djamila Bouhired, Fadela Dziria, Louisette Ighilahriz, Baya Hocine, Nassima Heblal,
Eliette Fatma Zohra Loup, Zahia Kharfallah, Zhor Zerari, etc…

Djamila Amrane (photo Abderrahmane Djelfaoui)

Djamila Amrane (Danielle Mine) dont la mère (Jacque Guerroudj) se souvenait de ce jour de 1956 sur la plage de Ain Taya qui lui déclamait des poèmes … « [Anna Gréki] avait déjà un regard et une âme de poète avec lesquels elle séduisait mes enfants, et en particulier ma fille ainée qui la suivait partout. Je la revois assise sur la plage, au cœur d’une jupe en corolle, ses cheveux flottant sur ses épaules, les yeux perdus en mer, laissant couler le sable entre ses doigts, et contant une histoire à ma fille. Image romantique, limpide et éclatante » (Djamal Amrani, Anna Gréki ou le miroir brisé, dans l’hebdomadaire Révolution Africaine du 28 janvier 1988 - rubrique MEMOIRE)

*

Quant à Serge Bec son nom est sur la même couverture d’Action Poétique « guerre d’algérie » de 1960…
L’nterviewant en mai 2002 (chez lui dans le sud de la France, à Apt, en présence de sa femme Annette) ce poète et écrivain occitan qui avait introduit Anna Gréki dans Action poétique, il me précise qu’il avait déjà écrit des poèmes entre 1957 et 1959 au moment où il était appelé du contingent à la Sénia, prés d’Oran.
Le poème qui suit est extrait de son recueil bilingue occitan/français: « Memoria de la carne /  Mémoire de la chair » (Editions : Institut d’Etudes Occitanes. Collection « Messages ». 1960)

Manuscrit de Serge Bec de la page de garde de son livre
qu’il m’envoya d’Apt à Alger (photo Abderrahmane Djelfaoui)


Mon poing arrache le soleil
Planté dans la chair traitre du jour
Comme il ferait d’une pomme d’amour

Pendant ce temps les paroles ont le prix du sang coupé

La guerre s’est clouée dans la bedaine du peuple
La guerre s’enrichit
Et ne cesse d’hypnotiser les oiseaux de son corps.

Le journal est une apocalypse
Neuf cent fellaghas tués
Et les cadavres des petits soldats
Et les charniers qui trouent la lumière
La semaine fut généreuse
Ca fait le compte vous pouvez charger !

Je te dis que les batailles ont le pouvoir de la plus terrible ivresse
Je te dis que les hommes sont faits pour la tuerie

Dans le vent du plateau sec
Les tribunaux militaires se sont levés tels des échafauds
Les magistrats de la première instance aiguiseurs de dernière heure
Tu ne peux pas faire appel
Te tête est trop banale
Les jurés du lichen sauvage
Savent déjà que tu tomberas  

Serge Bec, photo de la couverture de son livre de poèmes en occitan :
« Siéu un païs », Edisud, 1980

Il ajoutait dans ce même entretien de 2002 son irrépressible sentiment de l’amour et de haine contre la guerre en me lisant l’extrait d’une autre d’interview :
«  La Méditerranée, je n’ai jamais cessé de l’aimer, comme la démocratie, comme la femme. C’est la mer-femme. Physiquement : je ne me baigne bien que dans la Méditerranée. Intuitivement : je me sens venir du fond des âges, de ces terres méditerranéennes, du ventre des femmes méditerranéennes. Je suis aimanté par le Sud ! Il était normal que la Méditerranée se confondit, en Algérie, avec mon amour. Il est normal que la femme soit devenue pour moi le rempart contre la guerre, contre les répressions, contre les totalitarismes, et qu’elle tienne une grande place dans ma poésie » …

*

A quel moment exact et dans quel état d’esprit Colette Grégoire, épouse Melki, décide-t-elle de se donner un nom et prénom d’écrivain différents de ceux  de son état civil légal : ANNA GREKI?
Cette volonté de se forger pour elle-même un nom d’art avec lequel elle respire –et va respirer de plus en plus amplement-, s’épanouir en se consolidant par une rectitude inébranlable, est-elle en rapport avec la préoccupation de ses inédits de 1952 (a vingt et un ans) de ne vouloir dire, n’écrire que le vrai ?...

[…] je ne marchande pas mon amour
Je ne vends pas je dis la vérité
Qui n’est pas faite de pain béni et d’eau fraiche
Mais de franche lutte avec mes camarades
D’intelligence de corps avec mes camarades
Nous savons la valeur de la violence
Nous voila durs avec nous-mêmes durs
Car nous savons le prix de la tendresse
Et qu’elle se gagne et qu’elle se paie.

(Poème inédit extrait de la plaquette Hommage à Anna Gréki, édité à l’occasion de l’hommage organisé à la salle des actes de l’université d’Alger par l’Union des Écrivains Algériens, le vendredi 24 juin 1966)

Faire part conservé par Djamila Amrane (Danielle Mine)
et qu’elle m’avait permit de photographier chez elle en novembre 2014

Qu’est-ce donc qui dans ses noms de jeune fille (Grégoire, fille d’instituteurs de l’institution Jules Ferry) ou d’épouse (Melki, dont le mari issu d’un fonds juif berbère constantinois remontant à la nuit des temps, - et qui deviendra brillant expert en finances à l’indépendance-) qu’est ce donc qui pouvait éventuellement  la gêner, la freiner dans l’infini espace de sa vocation de poétesse, d’essayiste et de critique d’art?...
Questions qui mériteraient à elle seule une recherche de longue haleine, questions d’autant plus préoccupantes que Colette continuera longtemps à cultiver l’incognito quant à la personne sociale réelle qui se dénomme Anna Gréki… Souvent des proches, des très proches, ne feront le rapprochement que fortuitement, sur le tard, après coup, après la disparition même d’Anna…

A ce propos, l’écrivain Djamal Mati se souvient : « Dans un lycée prestigieux d’Alger… une professeure de français… une salle de classe… des élèves chahuteurs, abusant de la gentillesse de la femme. C’était, il y a longtemps, trop lointain pour ma mémoire. Comme les rêves d’un enfant. Elle était belle et nous étions, j’en suis sûr, tous, sous le charme de cette jeune femme, blonde... je crois. Oui, belle et blonde. Cela avait duré... un, deux... six mois, plus ? Mes souvenirs sont trop vieux.
Puis, une absence, longue absence. Elle fut remplacée. Elle n’était plus revenue. Un jour, on nous avait appris qu’elle était morte. Inexplicable pour des enfants. Étrangement, j’étais attristé... secrètement. 

Djamel Mati, place Maurice Audin, à la sortie de nos livres respectifs : 
« Yoko et les gens du Barzakh » (roman) et
« Anna Gréki, les mots d’amour, les mots de guerre » (essai)
 [Photographie Abderrahmane Djelfaoui]


« Cette minuscule tranche de vie est restée ancrée en moi... [Poursuit Djamel Mati]les vagues de mes réminiscences la revoyaient, parfois. Le temps a passé, des paquets d’années, il m’arrive, encore, de me rappeler de cette charmante dame, comme d’un rêve éphémère, réveillé par les coïncidences des rencontres — comme celle d’aujourd’hui.
Un soir, au hasard de mes ballades sur le sixième continent, je la rencontre sur une page web. Une vieille photo, un nom, le lycée où elle enseigna, la période, une année peut-être, ou moins, entre 1965 et 1966.
Elle s’appelait Anna Colette Grégoire, « Anna Gréki » : La poétesse...
Rien que ça. »

Seules « ses sœurs », nécessairement – Colette le sait – (et seulement si elles ont lues Algérie Capitale Alger) vont la reconnaitre, ses quelques dizaines de sœurs de prison et de privations à qui elle a lu en temps réel  certains de ses poèmes, écrits depuis sa paillasse … Elle qui avait fortement espérée s’entendre nommer Colette Inal si l’enfer de la guerre n’en avait disposé autrement…

De quelle argile, de quelle grâce,  nait un nom (composé ?) comme celui d’Anna Gréki qui apparait avec la fraîcheur et l’évidence d’un beau ciel d’exil hivernal ?...
On ne peut s’empêcher de prendre en compte dans ce court nom ce qu’il pointe musicalement d’une antique civilisation méditerranéenne, lieu d’érection que depuis les romantiques jusqu’aux dialecticiens du 20ème siècle on nomma: « la patrie de l’enfance de l’art » …
Mais Anna Gréki en initiales, A.G., c’est aussi âgé (e)… comme s’il fallait, peut être également, au deuxième ou au troisième degré, signifier  une fin de jeunesse, une fin de règne ou la fin d’un cycle…

Un nom qui va assez vite devenir le creuset d’une légende, neuve… Au-delà de la résistante-militante physique des années 50 : devenir une des premières féministes de son époque… Comme si (plus consciemment qu’inconsciemment) Grégoire ou Melki, n’auraient été que des étapes ou des sas, dont elle se serait intérieurement délivrée… telle le papillon-oiseau,  dans sa mue … Un nom que personne d’autre ne pourra partager. Un nom sans ascendance…  Un nom luminescent ; elle qui a pourtant beaucoup côtoyé la mort et que la mort ne cessera de serrer au plus prés jusqu'à gagner son corps, sa dépouille…

Comme si en ces dernières et courtes années de sa vie depuis sa « sortie» de Serkadji-Barberousse elle avait une préscience qu’elle devait « allègrement sauter » le siècle, en y abandonnant beaucoup de son état civil imposé durant la période coloniale … L’intuition d’exorciser ou de dépasser par son art la terrible pression des nuages noirs qui s’accumulaient contre toute attente… L’intuition de savourer furtivement mais à fond la caisse l’annonce d’un autre temps, d’une autre temporalité … Mais là, nous nous projetons trot tôt en avant, dans ce qui va advenir d’elle en Avignon d’abord, puis à Tunis avant qu’elle ne retrouve Alger à l’Indépendance, s’y installe, y vive, y écrive, y peigne, y étudie, y voit tant et tant de films, y enseigne enfin avant de décéder subitement une nuit de janvier 1966 à l’âge de 35 ans … 




©Abderrahmane Djelfaoui